De l’illustration éditoriale pour étayer un récit aux récifs dentelés au portrait sensoriel réalisé à l’aquarelle et à la prose du spontané.
ANNÉE : 2025
LIEU : Nantes
CLIENT : La Paulette
THÉMATIQUE : Ostréiculture
TRAVAIL : Portrait – réseaux sociaux
Cher Instagram, dans ton océan d’instants telegram, j’ai déposé il y a quelques semaines un sac de dragées iodées entouré d’un collier de perles pour napper le feed culture de tes abonné.es. D’un filet de mots et d’invitations à cultiver ce qui me semble bon et beau, j’ai saisi une vague d’inspirations pour m’accrocher au rocher duquel Emmanuelle, ostréicultrice pour La Paulette me proposait d’amarrer. De poches remplies d’huîtres, j’ai tapissé les cases de son compte Instagram de vers, de bleus et d’instants poétiques. Durant six jours, j’ai pris place en résidence dans un bateau que je connais bien : la création — la navigation m’y est familière, je me réfère ici aussi audit réseau social ; cependant, je n’avais pas imaginé pouvoir offrir en escales le portrait d’une cultivatrice de la mer, d’une bijoutière gastronome ou encore d’une artisane autonome qui coopère avec la lune et la vie qui s’immisce là sous ses gants, son couteau lancette ou bien encore sous ma plume.


Poème et
mise en bouche
L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.
Francis Ponge – Le parti pris des choses (1942)

audio
L’ensemble des textes et images visibles sur cette page ont été pensés et contés dans la perspective d’être diffusés sur le réseau social Instagram. Aujourd’hui, j’en laisse une trace ici. Ci-après. Néanmoins, vous pouvez également et en spontané retrouver le frais du moment : là ou là : https://www.instagram.com/la_paulette_huitres
Portrait pluriel
Emmanuelle, ostréicultrice au naturel
Elle s’appelle Emmanuelle, elle est ostréicultrice, curatrice, cultivatrice, et elle tient plutôt la marée ; de ses paniers d’argent aux reflets dentelés elle élève à elle seule de nombreuses vies qui caressent elles l’éternité. Du côté de Locmariaquer, elle peut être fière de son activité locale pleine de bon sens, qui éveille pour le coup moi tous mes sens ! Le monde ostréicole, c’était pas de prime abord son domaine d’école ; elle c’était plutôt la com’, elle en était chargée, Toulouse, Carcassonne, elle rayonne au sud mais finalement l’océan la rattrape progressivement ; changement de cap, les coquillages s’incrustent assez jusqu’à lui faire décrocher son BP conchyliculture du côté de l’île d’Oléron, juste à l’entrée. La mise en bouche passée, elle décide de donner une suite en se fixant sur la côte bretonne plutôt qu’à la Rochelle son premier rocher. Mise à l’eau actée, c’est à partir de là qu’elle développe sa nouvelle passion avec confiserie iodée et plaisir d’être bien entourée. […]





croquis griffonné l’année dernière sur mon agenda après avoir rencontré Emmanuelle sur le marché de mon quartier nantais
Sa base
Au 19 chemin des Dames, c’est là où la dame s’est installée. Locmariaquer, c’est sa base, son chantier comme elle aime à le nommer. Vue sur l’océan, le Morbihan et sur son bateau qui lui s’appelle André. Manu elle, elle roule les mécaniques sans mécanisation, le volume horaire est dense et danse selon l’heure des marées ; le corps et l’esprit s’alignent à l’estran, s’ajustent au gré des vents et des lunes d’une nature qui fluctue invariablement. À la source, Paulette, sa mamie. Sa mamie qui a 84 ans presque aujourd’hui. Adolescente, Manu adorait défier sa grand-mère au scrabble, aujourd’hui elle l’épaule de son nom en lui dédiant sa production. « La Paulette », une passion du vivant, mot compte triple qui se lie à l’endurance et à l’envie d’offrir ce que la mer a de grand, de précieux et d’intense à savoir les fruits d’un temps long récolté à la force d’un travail méticuleux. Un labeur qui vaut tout l’or du monde à l’heure de goûter au trésor rocailleux ; en accord le pain beurre verre de blanc qui inonde, laissant aux heureux le souvenir en partage d’un moment savoureux. […]






Vue sur le golfe du Morbihan, aquarelle et crayons de couleur, 2025
Manger des huîtres
Chaque année, chaque cuvée a sa petite renommée. Cette année, vous dégusterez donc de l’Isabelle. Isabelle c’est le prénom de sa tante, à Emmanuelle. André c’était celui de son grand-père vous suivez on espère. Pour les sacs de dragées, les plus douces viennent de Locmariaquer, les plus iodées c’est à Saint-Philibert que ça s’opère. Et encore, la magie opère selon les courants, les saisons et ce qui se passe de raison. Bassins. Parcs. Bacs 4, 3, 2, 1 tout est question de tours de mains, de rotations de poches à mailles qui s’accordent de gestion selon la gestation la taille. À l’origine le naissain, la larve construit sa coquille en s’auto-nourrissant de phytoplancton et de particules en suspension. En soi, elle absorbe l’environnement. À ce propos, j’ai huî dire qu’on pouvait lire le climat dans l’huître et j’y mets là des points de suspension. Pour la conso, et chez la Paulette, être attentive à son environnement c’est la clé pour comprendre le vivant. Emmanuelle qui travaille l’huître au naturel veille à ses précieuses, elle les bichonne, s’en attentionne ; vidées de leurs poches elle serti ses bijoux nacrés à coup d’amour et de purification sacrée. Rituel obligatoire pour vous assurer la plus belle des victoires, de dégustation, de digération. Semeuse d’huîtres, les coques, palourdes, praires c’est aussi son affaire. Les restaurants s’en gargarisent, les bistrots trinquent de tous calibres. S’aimer de bourriche, de citrons et de quille, oyster, oyé, voilà de quoi toaster de nouveaux mots pour affiner moi ma prose à l’eau, l’eau salée en gorgée bien attablée oui allez demain on trinque c’est le weekend ! […]






“Embrasser la mer sur la bouche.”
Léon-Paul Fargue


« Embrasser la mer sur la bouche » ce n’est pas moi qui le dit c’est le poète Léon-Paul Fargue qui l’écrit. À juste titre, je ne pensais pas être autant touchée lorsque je goûte moi à une huître ! À huit-clos parfois, en partage maintes fois. Il y a l’art et la manière de le faire, comment vous embrassez-vous la mer ? En la dévisageant face à l’océan ? En vous y immergeant à bras le corps pour un instant ? En inhalant sa dentelle iodée jusqu’à vous en déboucher les pores ? non mais vraiment il y a plein de façons d’embrasser la mer, de boire la tasse, de s’enivrer de ce qui délasse, de se laisser dériver l’histoire d’un temps fugace ; à chacun.e ses terroirs et merroirs de sensibilités. Miroirs miroirs […]






[…] Un soir, premier regard me voilà à contempler le nacre de sa coquille à peine désengagée ; après un premier contact légèrement poussé, je m’apprête en guise d’ouverture à découvrir une floralité sous toutes les coutures. Son manteau relevé, ses pigments irisés, son cœur bat encore, le mien encore plus fort. Dîner de lune nappé de solitudes, face à elle je murmure elle ombelle elle oscille, ses cils charmeurs s’embranchent à son muscle adducteur, me voilà qui m’épanche à ce côté séducteur, allez huî j’ose et pose donc mes lèvres sur sa paroi blancheur. Première gorgée. Je m’en souviens encore. C’était l’année passée, la fraîcheur de l’eau, de l’océan avait traversé tout mon corps, vivifiant plaisir, torrent de saveurs, j’avais aussi noté beaucoup de douceur sur lie de purification intérieure. Nota bene : le plaisir en bouche peut varier suivant l’heure, le moment, les saisons et la situation du cœur. Je crois que ce qui me plaît en fait dans la rencontre iodée c’est qu’à chaque fois c’est un peu la surprise, comme une première fois, ou comme une fête voire une célébration à soi. En tout cas, je me délecte à embrasser cette eau de vie qui me met moi en émoi, de passion voir d’addiction, je ne saurais trop en expliquer le pourquoi. Bouche bée. Retour à la terre. Retour à la mer me voilà emportée d’une aléatoire prose alambiquée. À demain pour la fin de l’histoire autour de ce bivalve de la famille des Ostreidae qui conclura ainsi cette résidence illustrée ! […]


Photo : Margaux Martin’s


photo prise devant le bar l’Enquiquilleur
le détail illustré
Pic et pic et instinct gram’, entre 65 et 85 grammes pour une huître n°3 en général. Les pictures suivantes vous sont livrées avec les titres et en peinture pour fabriquer l’histoire, de l’art, de l’huître. À savoir qu’au départ, à la base, l’une d’entre elle m’avait inspiré un croquis avec en portrait crayonné Emmanuelle figurant au centre du tableau. À la voir s’affairer au marché du quartier le jeudi soir l’année passée, j’avais déjà eu envie de lui offrir un portrait dessiné mais le croquis était resté dans mon carnet. Puis l’année s’est écoulée et à chacune ses activités ; et puis récemment l’idée de créer d’expérimenter s’est de nouveau présentée. Il y a donc quelques semaines lorsque je suis venue chercher mon sac de dragées iodées, elle m’a dit OK pour venir m’incruster sur son rocher Instagrammé – dans un premier temps, comme ça spontanément. Voyons maintenant comment la chose peut à présent grandir ou bien seulement rester ici pour laisser une trace d’un passage de vies, à venir. […]












galerie d’inspirations & tableaux à thème
Pour aller plus loin :
* Pur Beurre, bonnes adresses, article presse Ouest-France, mars 2026
* Morbihan, la Bretagne dans la peau, émission « Échappées Belles », francetv reportage Emmanuelle Delapa à partir de la 01’14’12
et puis sur l’histoire de l’huître : (d’ailleurs, n’hésitez pas à m’envoyer vos articles ou autres, ça m’intéresse !)
* Ostréiculture et mytiliculture à l’époque romaine ? Des définitions modernes à l’épreuve de l’archéologie, article sur Cairn.info





